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« Jusqu'aux extrémités de la terre, vous serez mes témoins »
Sœurs Missionnaires Notre Dame des Apôtres
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 Dernière mise à jour
 le 1er décembre 2015

Bibiane et Angèle-Marie



Sommaire :
-Elles ont vécu 35 ans en Algérie...
-Quand la mort les a frappées
-Commémoration du 10e anniversaire de la mort des sœurs
-Homélie à Alger, le 30 septembre 2005
-Témoignages lors de la commémoration
-Introduction de la cause de béatification des sœurs Angèle-Marie Littlejohn et Bibiane Leclerc,
-À lire

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Elles ont vécu 35 ans en Algérie...

... dont 31 ans dans le quartier populaire de Belcourt, à Alger.
Elles travaillaient depuis 1964 au service de la formation des jeunes filles du quartier. Sur l’autel de leur chapelle, la Bible était ouverte à la 1e Épître aux Corinthiens : le langage de la croix est folie pour certains mais pour d’autres, il est puissance de Dieu.
Toutes ces années, elles n’ont pas seulement enseigné la broderie et la couture à des centaines de femmes et de jeunes filles algériennes, amis aussi les qualités de beauté, d’amour, de dignité et de responsabilité qui caractérisent les femmes. Elles ont tissé des liens d’amitié qui demeureront au-delà de leur mort.

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« Elles ont été pour ces jeunes une parole qui encourage et qui soutient, un cœur qui compatit. Sœur Bibiane disait souvent : « C’est le langage du cœur qui compte ». Dans leur quartier, elles étaient un lieu d’adoration du Dieu vivant, un foyer de prière et d’intercession, une communauté rayonnant la joie de vivre. »
Sr Marie-Noël, alors responsable des sœurs NDA pour l’Algérie

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Quand la mort les a frappées

Lorsqu’elles tombèrent terrassées
Toujours ensemble
L’une sur l’autre
Sur terre
Leurs corps formèrent une croix
Et dans le ciel
Avec leur âme, elles brodèrent
Le mot AMOUR
Poème d’un ami algérien (extrait)

"Pourquoi une telle épreuve nous est-elle infligée ? je ne dirai pas que Dieu l’a voulu, car Dieu ne veut pas la violence humaine et le crime. Mais je dirai que Dieu nous invite à entendre, au moment même où nous pourrions douter, les promesses des Béatitudes sur lesquelles nos sœurs avaient engagé leur vie". Henri Tessier, Archevêque d’Alger, homélie lors des obsèques, 7/9/95

Le pape a envoyé un délégué pour les obsèques des sœurs. Mgr Errazuriz a parlé en des termes qui ont touché l’Église d’Algérie.
« L’Église les remercie de la générosité avec laquelle elles ont vécu le charisme de leur Institut. En effet, notre attention est attirée par l’écho que l’esprit de leurs Constitutions a rencontré dans leur vie : « Nous sommes prêtes à tout risquer pour le Seigneur » (n° 7), « En acceptant les dépouillements et les difficultés de chaque jour, nous entrons, à la suite du Christ, dans le mystère pascal de mort et de résurrection, inséparable de toute vie apostolique » (n°11).
Pour quelle raison des hommes qui après avoir frappé une, deux, trois fois les ouvrières de paix et les faiseurs de ponts sont-ils revenus frapper encore une fois ? Il n’y a pas de réponse. Mais ce qui donne confiance, c’est que personne n’arrive à la Maison du Père parce qu’une main violente l’a ainsi décrété. N’arrivent à la Maison du Père que ceux-là que le Père a bénis sur cette terre et qu’il a appelés à sa paix et à la plénitude de la vie.
C’est lui qui a appelé nos sœurs à la béatitude éternelle.
Unissons-nous à la très sainte Vierge Marie, Notre Dame des Apôtres, qui a vécu l’expérience de douleur et d’espérance de l’Église naissante, quand les apôtres donnaient leur vie pour le Règne. Que par son intercession ce moment devienne plus un moment de grâce, de gratitude et d’espérance qu’un temps de douleur. »

Pourquoi ont-elles choisi de rester ?

« Je suis persuadée que notre présence ici, dans ce quartier pauvre, a toujours été très importante. Elle est une réponse à l’attente de notre entourage, puisque ce sont les gens du quartier eux-mêmes qui ont demandé des sœurs. Actuellement, ils demandent que nous restions ici, au milieu d’aux… je me sens impuissante devant tant de souffrances, mais je sais que Dieu aime ce peuple et j’ai une très grande confiance en Notre Dame d’Afrique. Le Christ a dit : « le Père vous donnera tout ce que vous demandez en mon nom », et je sais que même si parfois il semble absent, il est avec nous, avec moi : je n’ai pas peur. Dans sa lumière, il m’aide à découvrir des merveilles qui se cachent, des solidarités étonnantes, des générosités, des courages surhumains. L’Esprit est là à l’œuvre dans le cœur de chacun et de chacune. Je choisis de rester pour répondre à la confiance qui nous est manifestée par tous et toutes et pour être une lueur d’espérance dans cette terre d’Algérie. »
Bibiane, automne 1994

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Commémoration du 10e anniversaire de la mort des sœurs

Les sœurs Notre Dame des Apôtres ont fait mémoire de ce « passage ». Les 28, 29 et 30 septembre 2005, en compagnie de personnes de la famille, d’amis, de gens de l’Église d’Algérie...

Programme

Ces journées bien chargées ont été très fortes en émotions, mais empreintes de sérénité, d’ouverture et de paix.
-  La journée du 28 septembre, ce fut la découverte de leurs lieux de vie, de prière et de travail dans le quartier Belcourt ou ailleurs à Alger. La rencontre des monitrices (leurs anciennes élèves) a été toute chargée de joie et d’émotions partagées. Les membres des familles ont été impressionnés par la qualité du travail de ces femmes qui continuent avec fidélité et acharnement ce qui leur a été « donné par le cœur » et qu’elles continuent à offrir par d’autres « par cœur ».
-  Le 29 septembre a été marqué par deux temps forts :
Le recueillement au cimetière d’El Harrach, la prière partagée, la communion avec tous ceux et celles qui ont donné leur vie avec et pour le peuple algérien.
L’après-midi, la rencontre à la Maison Diocésaine avec les amis, les témoins de la vie de nos Sœurs, la communauté ecclésiale… rencontre où chacun était invité à s’exprimer sur l’événement : ses sentiments, ses réactions, ses évolutions après dix années. Rencontre à la fois festive et grave, animé par des chants et orientée vers l’avenir, vers la paix et la confiance. Rencontre suivie d’un couscous fraternel. Combien de souvenirs ont été évoqués, combien d’amitiés se sont nouées !
-  Le 30 septembre a été plus spécialement réservé à la prière : eucharistie célébrée à Notre Dame d’Afrique avec la communauté anglophone (la messe était présidée par de nombreux prêtres, l’assistance était nombreuse et priante). Là encore, la prière était ouverte vers l’avenir. Nos sœurs ont semé, qu’avec nous l’Esprit Saint fasse germer et grandir le grain pour les moissons. L’après-midi nous a entraînés sur les traces de nos ancêtres dans le site de Tipaza, riche en histoire humaine et en histoire de l’Église.
-  Le 1er octobre, un pèlerinage à Tibhirine, monastère de Notre Dame de l’Atlas, a clôturé ce temps de communion entre croyants et entre Églises.

Nul ne peut dire ce qui a cheminé dans les cœurs pendant ces trois journées, secret de chacun, mais je pense que pour tous et toutes un grand pas a été fait sur le chemin de la paix, de la reconnaissance mutuelle et de l’amitié.
Un merci spécial à tous ceux et celles qui ont contribué à l’organisation et au bon déroulement de ce temps de grâce. Merci à tous les participants.
Sœur Marie-Noël B.

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Homélie à Alger, le 30 septembre 2005

Alphonse Georger, Évêque d’Oran, basilique de Notre-Dame d’Afrique lors de la messe de commémoration
« Je veux vivre ma vie ! »Que de fois entendons-nous dire, autour de nous, ce petit bout de phrase jaillissant surtout de la bouche de jeunes qui veulent s’affranchir de toutes sortes de tutelles : tutelle des parents, celles des contraintes sociales, parfois celles des contraintes religieuses. Pour beaucoup d’hommes « vivre la vie » veut dire construire son existence à son gré selon sa conception de la liberté, à la recherche d’un bonheur parfois égoïste. « Je veux vivre ma vie », c’est l’affirmation péremptoire, synonyme de « je veux profiter de la vie ! » Le petit passage d’évangile qui vient d’être lu en Jean 12, 23-26 place devant nos yeux Jésus qui nous livre sa conception de la vie et de la mort, Jésus qui nous invite à vivre comme lui. « Vivre sa vie » selon Jésus (quel paradoxe !), c’est perdre sa vie, c’est mourir. Non pas mourir bêtement, fatalement, mais mourir en donnant sa vie. Jésus, en donnant sa vie, multiplie la vie, sa vie. L’image du grain de blé, semé en terre, est très suggestive. Dans les semailles, Jésus voit déjà la moisson abondante ! L’ensevelissement dans la terre n’est qu’un passage obligé qui aboutit sur la vie. Si Jésus, au paroxysme de la souffrance, est seul, sur la croix, il sait que son amour donné sauvera la multitude des hommes, jusqu’à la fin des temps. Oui, Jésus envisage sa propre mort comme des semailles qui feront jaillir une abondante moisson. Bien sûr, la certitude de la fécondité de son sacrifice n’a pas empêché Jésus de ressentir l’angoisse de la mort, mais cette certitude l’a poussé à aller jusqu’au bout de l’amour. Parce que Jésus est l’Amour absolu de Dieu, il perdra sa vie pour nous. La loi de la vie, c’est l’amour, le don de la vie qui va jusqu’à la mort ! « Celui qui aime sa vie la perd ; celui qui s’en détache en ce monde la garde pour la vie éternelle » (Jn 12, 25). Ces paroles du Seigneur nous font comprendre que des femmes et des hommes se soient lancés dans la même aventure à la suite de Jésus. Le destin du grain de blé est aussi celui des disciples de Jésus. L’aventure de l’amour jusqu’au bout nous concerne tous, elle nous est offerte. L’angoisse de la souffrance et de la mort peut nous saisir, comme elle a saisi Jésus. La souffrance, la mort resteront toujours un mal, n’ayons pas peur de l’affirmer… mais à la suite de Jésus nous pourrons donner un sens à ce mal. Nous pourrons même en faire une offrande d’amour. L’Église en Afrique du Nord a célébré ses martyrs avec beaucoup d e ferveur, et cela dès son origine. L’Église a vite compris la fécondité du sang de ses martyrs ; loin de rappeler des souvenirs douloureux, elle n’a cessé de rendre grâce au Seigneur pour ces innombrables frères et sœurs qui ont donné leur vie par fidélité à l’amour du Christ et de leurs frères, devenant ces grains de blé tombés en terre pour donner naissance et vie au Royaume toujours en construction.

Si sœur Angèle-Marie et sœur Bibiane ont été ravies brutalement à la vie, le 3 septembre 1995, nous savons que leur mort n’est pas un échec car nous savons que depuis plus de trente ans elles avaient donné leur vie au Seigneur pour le service de l’Algérie, tout particulièrement pour les habitants du quartier de Belcourt. Elles étaient prêtes pour donner leur vie, depuis longtemps. Mais ce don, exprimé par oral ou par écrit, s’était fait plus explicite et plus intense durant les mois qui ont précédé leur mort. Si elles ont été fauchées, comme à l’improviste, en sortant de la messe, le grain de blé était déjà devenu moisson à récolter ! Depuis longtemps elles étaient tombées en terre, par amour et cet amour s’est épanoui en moisson, lorsqu’elles sont tombées à terre ce dimanche de septembre 1995. L’amour à en mourir, n’est-ce pas le seul amour qui puisse faire vivre ? Pour nous, le même chemin est tracé, si nous voulons être les ouvriers dans la moisson du Royaume. Si nous n’avons pas la grâce du martyre, nous avons la grâce de pouvoir donner notre vie, en détail, dans le goutte-à-goutte de nos journées, dans l’ensevelissement en terre, par amour, avec le Christ qui nous fera porter du fruit et nous ressuscitera avec lui. Puissent l’exemple et la prière des Sœurs Angèle-Marie et Bibiane nous stimuler sur cette route de la vie donnée par amour, simplement, à la suite de Jésus, ici en Algérie et partout ailleurs.

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Témoignages lors de la commémoration

Vers 17 heures, la maison diocésaine ouvre largement ses portes.(…) Des anciennes élèves, venues avec leur famille, ont apporté des travaux de broderie confectionnés avec les sœurs et qui restent pour elles un vrai trésor. C’est du travail de toute beauté, que chacun peut admirer à sa guise.
Puis, autour de symboles évoquant nos sœurs, un long moment chargé d’émotion permet à ceux, celles qui le veulent, de partager des souvenirs pleins de reconnaissance et d’amitié. Les mots semblent bien pauvres, les larmes aussi. Une personne de Belcourt, « faisant le premier discours de sa vie », tenait à donner son témoignage sur tout ce qu’elle avait vécu et reçu chez les Sœurs en soulignant leur bonté exigeante, leur respect des différences, leur amour du travail bien fait, réalisant avec leurs élèves de véritables œuvres d’art.
Toutes les interventions ont repris ces aspects de la vie et du travail des sœurs ainsi que le magnifique diaporama évoquant ces trente années à Belcourt, le tout rythmé par le thème de « la colombe et son rameau d’olivier », apportant la paix. Les broderies algéroises plus belles les unes que les autres nous montraient concrètement cet amour du Beau où Dieu est présent ainsi que l’attention et la vie intérieure développées par cet apprentissage long et patient. Les belles photos étaient accompagnées d’un texte sobre suggérant simplement la profondeur du message. Au terme du parcours, dans un intense silence, nous nous sommes arrêtés sur l’image de la colombe blessée, tuée. (…) Françoise Dillies, « Sœur Blanche », Notre Dame d’Afrique à Alger

Des grains d’amour ! Un jour, Tu les avais appelées, Seigneur,
Et tu leur avais confié une Mission.
Elles devaient porter ton nom, jour après jour,
En semant des grains d’Amour,
Là où elles se trouveraient,
Là où elles rencontreraient
Tout au long de leur journée,
Des jeunes à aider,
Des cœurs à consoler,
Des esprits désemparés.
Sans cesse, Tu leur répétais :
« Écoutez, Partagez, Aimez,
En continuant de semer
Les grains d’Amour que je vous ai confiés,
Dans le silence et la paix,
Sans bruit, sans vous faire remarquer. »
Or un soir qu’elles Te portaient
Dans leur cœur, en grand secret
Parmi une foule agitée,
C’est à Toi qu’elles pensaient.
Ce soir-là, Tu les as comblées en les appelant
À continuer l’œuvre que Tu leur avais confiée :
« Semez, semez toujours des grains d’amour,
Là-haut, vous les verrez pousser. »
Sœur Claire Marie Ronat, sœur ND des Apôtres, 2005

J’ai passé quatre jours que j’aurais souhaité ne jamais finir. C’était à l’occasion de la célébration, dans la prière, du dixième anniversaire du martyre de nos deux sœurs Bibiane et Angèle-Marie.
Pendant mon séjour avec les sœurs, les Frères et la famille de sœur Bibiane, j’ai senti comme si nous avions toujours vécu ensemble.
Nous avons également prié à Tibhirine pour les moines qui avaient été martyrisés à la même époque. Même si le soleil se couche, je souhaite que leur cœur reste toujours avec nous ; eux sont ensemble dans le ciel, ils prient pour nous, pour que nous continuions à planter et porter la lumière au-delà de toutes frontières.
Bibiane et Angèle Marie sont deux colombes qui dansent dans le ciel de la liberté et y sont la plus belle chanson.
Je demande à Dieu d’étendre son règne sur le monde et dans notre cœur, où il y aura la paix, l’amour et le don.
« Verse-moi dans ta coupe, Seigneur, sang et témoignage, mélange-moi à ta terre, mort et résurrection, ton amour est tendresse, ton sang est gémissement. Ô toi ! Voix de la conscience, ô Dieu d’amour ! »
Roxana Youssef, postulante ND des Apôtres, 2005

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Introduction de la cause de béatification des sœurs Angèle-Marie Littlejohn et Bibiane Leclerc,

assassinées en revenant de la messe le 3 septembre 1995 à Alger.
Mgr Henri Tessier, Archevêque d’Alger, en tête d’un comité, a décidé d’introduire la cause d’une béatification commune des 19 missionnaires assassinés par des terroristes. Ceci en vue de garder mémoire d’une Église qui avait décidé de rester avec le peuple durant cette période difficile.

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À lire

Abdelkader Ferchiche, l’Innocence fertile, Algérie, la paix martyre, Essai, mars 1998, p. 85 et ss. [1] Sept vies pour Dieu et l’Algérie, Bayard Éditions / Centurion, 1996, p. 199 et ss.

Le sang de l’amour. Les martyrs d’Algérie (1994-1996)
Ce livret présente les 19 martyrs de l’Algérie et leur famille religieuse.

[1] Disponible aurès de Ferchiche Abdelkader, 7 place Hector Berlioz Nocaze 26200 Montélimar 06 88 59 12 67


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