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« Jusqu'aux extrémités de la terre, vous serez mes témoins »
Sœurs Missionnaires Notre Dame des Apôtres
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 Dernière mise à jour
 le 1er décembre 2015

Mars 2013

En ce dernier jour de février 2013, jour où le Pape Benoit XVI renonce au Siège de Pierre, relisons ce qu’il a dit au monde, hier ...

Merci de tout cœur, je suis vraiment ému. Et je vois l’Eglise vivante ! Et je pense que nous devons dire aussi merci au Créateur pour le beau temps qu’il nous offre maintenant, encore en hiver.

Comme l’apôtre Paul …, moi aussi je sens dans mon cœur de devoir surtout remercier Dieu, qui guide et fait grandir l’Eglise, qui sème sa Parole et nourrit ainsi la foi dans son Peuple. En ce moment, mon âme se dilate pour embrasser toute l’Eglise répandue dans le monde ; et je rends grâce à Dieu pour les « nouvelles » que durant ces années de ministère pétrinien j’ai pu recevoir sur la foi dans le Seigneur Jésus-Christ, et la charité qui circule dans le Corps de l’Eglise et le fait vivre dans l’amour et dans l’espérance qui nous ouvre et nous oriente vers la vie en plénitude, vers la patrie du Ciel.

Je sens que je vous porte tous dans la prière, dans un présent qui est celui de Dieu, où je recueille chaque rencontre, chaque voyage, chaque visite pastorale. Je recueille dans la prière tout et tous pour les confier au Seigneur : afin que nous ayons une pleine conscience de sa volonté, en toute sagesse et intelligence spirituelle, et afin que nous puissions nous comporter de façon digne de lui, de son amour, en portant du fruit dans toute œuvre bonne (cf. Col 1,9-10).

En ce moment, j’ai en moi une grande confiance, parce que je sais, nous savons tous, que la Parole de vérité de l’Evangile est la force de l’Eglise, c’est sa vie. L’Evangile purifie et renouvelle, porte du fruit, partout la communauté des croyants l’écoute et accueille la grâce de Dieu dans la vérité et vit dans la charité. Telle est ma confiance, telle est ma joie.

Lorsque, le 19 avril, il y a presque huit ans, j’ai accepté d’assumer le ministère pétrinien, j’ai eu cette ferme certitude qui m’a toujours accompagné : cette certitude de la vie de l’Eglise, de la Parole de Dieu. En ce moment, comme je l’ai déjà exprimé à plusieurs reprises, les paroles qui ont résonné en mon cœur ont été : « Seigneur, que me demandes-tu ? C’est un grand poids que tu mets sur mes épaules, mais si Tu me le demandes, sur ta parole, je jetterai les filets, sûr que Tu me guideras, même avec toutes mes faiblesses ».

Et huit ans plus tard, je peux dire que le Seigneur m’a vraiment guidé, a été proche de moi, j’ai pu percevoir sa présence quotidiennement. Cela a été un bout de chemin de l’Eglise qui a eu des moments de joie et de lumière, mais aussi de moments pas faciles ; je me suis senti comme saint Pierre avec les Apôtres dans la barque sur le lac de Galilée : le Seigneur nous a donné tant de journées de soleil et de brise légère, de jours où la pêche a été abondante ; il y a eu aussi des moments où les eaux étaient agitées et le vent contraire, comme dans toute l’histoire de l’Eglise et où le Seigneur semblait dormir. Mais j’ai toujours su que dans cette barque il y avait le Seigneur et j’ai toujours su que la barque de l’Eglise n’est pas à moi, n’est pas la nôtre mais est la sienne et qu’il ne la laisse pas couler ; c’est Lui qui la conduit, certainement aussi à travers les hommes qu’il a choisis, parce qu’il l’a voulu ainsi. Telle a été la certitude que personne ne peut troubler. Et c’est pour cela qu’aujourd’hui mon cœur est rempli de gratitude envers Dieu parce qu’il n’a jamais fait manquer sa consolation, sa lumière, son amour, ni à l’Eglise ni à moi.

Nous sommes dans l’Année de la foi, que j’ai voulue pour fortifier justement notre foi en Dieu dans un contexte qui semble le mettre toujours davantage au second plan. Je voudrais tous vous inviter à renouveler votre ferme confiance dans le Seigneur, à vous confier comme des enfants dans les bras de Dieu, certains que ces bras nous soutiendrons toujours et serons ce qui nous permet de marcher chaque jour malgré les fatigues. Je voudrais que chacun se sente aimé de ce Dieu qui a donné son Fils pour nous et qui nous a montré son amour sans frontières. Je voudrais que chacun sente la joie d’être chrétien. Oui, nous sommes contents du don de la foi, c’est le bien le plus précieux que personne ne peut nous enlever ! Remercions le Seigneur de cela chaque jour, par la prière et par une vie chrétienne cohérente. Dieu nous aime mais il attend aussi que nous l’aimions !

Mais ce n’est pas seulement Dieu que je voudrais remercier en ce moment. Un pape n’est pas seul pour conduire la barque de Pierre, même si c’est sa première responsabilité ; et je ne me suis jamais senti seul en portant la joie et le poids du ministère pétrinien. Le Seigneur a mis à côté de moi tant de personnes qui, avec générosité et amour de Dieu et de l’Eglise m’ont aidé et m’ont été proches ….

Je voudrais remercier de tout cœur aussi les nombreuses personnes dans le monde entier qui, ces dernières semaines, m’ont envoyé des signes émouvants d’attention, d’amitié et de prière. Oui, le Pape n’est jamais seul, aujourd’hui j’en fais l’expérience encore une fois d’une façon si grande qu’elle touche mon cœur. Le pape appartient à tous et tant de personnes se sentent très proches de lui… Ici, on peut toucher du doigt ce qu’est l’Eglise – non pas une organisation, non pas une association à des fins religieuses ou humanitaires, mais un corps vivant, une communion de frères et sœurs dans le Corps de Jésus-Christ, qui nous unit tous. Faire l’expérience de l’Eglise de cette façon et pouvoir toucher quasi physiquement la force de sa vérité et de son amour, est motif de joie, en un temps où tant parlent de son déclin. Mais nous voyons combien l’Eglise est vivante aujourd’hui !

Ces derniers mois, j’ai senti que mes forces avaient diminué, et j’ai demandé à Dieu avec insistance, dans la prière, de m’éclairer de sa lumière pour me faire prendre la décision la plus juste, non pour mon bien, mais pour le bien de l’Eglise. J’ai fait ce pas avec la pleine conscience de sa gravité et aussi de sa nouveauté, mais avec une profonde sérénité d’âme. Aimer l’Eglise signifie aussi avoir le courage de faire des choix difficiles … en ayant toujours devant soi le bien de l’Eglise et non de soi-même…

Je n’abandonne pas la Croix, mais je reste de façon nouvelle auprès du Seigneur Crucifié. Je ne porte plus le pouvoir de la charge du gouvernement de l’Eglise, mais dans le service de la prière je reste, pour ainsi dire, dans l’enclos de saint Pierre. Saint Benoît, dont je porte le nom comme pape, me sera d’un grand exemple en cela. Il nous a montré le chemin d’une vie, qui, active ou passive, appartient totalement à l’œuvre de Dieu.

Je remercie tous et chacun aussi pour le respect et la compréhension avec lesquels vous avez accueilli cette décision si importante. Je continuerai à accompagner le chemin de l’Eglise par la prière et la réflexion, avec ce dévouement … que j’ai cherché à vivre chaque jour jusqu’à présent et que je veux vivre toujours. Je vous demande de vous souvenir de moi devant Dieu, et surtout de prier pour les Cardinaux, appelés à un devoir si important, et pour le nouveau Successeur de l’Apôtre Pierre : que le Seigneur l’accompagne de la lumière et de la force de son Esprit. Invoquons l’intercession maternelle de la Vierge Marie, Mère de Dieu et de l’Eglise pour qu’elle accompagne chacun de nous et toute la communauté ecclésiale ; confions-nous à Elle, avec une profonde confiance.

Chers amis ! Dieu guide l’Eglise, il la soutient toujours, même et surtout dans les moments difficiles. Ne perdons jamais cette vision de foi, qui est l’unique vraie vision du chemin de l’Eglise et du monde. Dans notre cœur, dans le cœur de chacun de vous, qu’il y ait toujours la joyeuse certitude que le Seigneur est auprès de nous, qu’il ne nous abandonne pas, qu’il est proche de nous, qu’il nous enveloppe de son amour. Merci.

Benoit XVI, le 27 février 2013 – Dernière audience à Saint-Pierre de Rome.

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