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« Jusqu'aux extrémités de la terre, vous serez mes témoins »
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 Dernière mise à jour
 le 1er décembre 2015

La léproserie d’Adzopé, Côte d’Ivoire



Sommaire :
-L’expérience de Joëlle

L’institut Raoul Follereau a été fondé en 1942 par nos sœurs. Il s’est toujours consacré aux soins des lépreux et à la recherche. Mais depuis les années 1985 une maladie aussi terrible s’est propagée : l’ulcère de Buruli. Les jeunes de 5 à 25 ans surtout sont atteints, les membres rongés par l’ulcère pour lequel on n’a pas encore trouvé de traitement spécifique.

Des nettoyages chirurgicaux, des greffes sans fin les laissent infirmes ou handicapés. Sœur Régina, italienne, et sœur Félicienne, burkinabé, se dévouent auprès de ces malades. Elles assurent, dans leur temps libre, quelques heures d’animation, scolaire ou religieuse. Les plus jeunes sont toujours 20 à 25 à participer à ces animations et c’est très émouvant de les voir écrire, dessiner ou coudre avec leur handicap. Une renaissance pour ces jeunes.

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L’expérience de Joëlle

La léproserie est située à 12 km de la petite ville d’Adzopé, au nord d’Abidjan. Elle est nichée au cœur de la forêt. J’y suis arrivée en juin 2007, pour un mois, avec le désir de donner un peu de mon temps en Afrique entre deux missions d’ethnologie.

Mon quotidien a été la rencontre avec les malades, enfants, adultes, tous ici pour des périodes plus ou moins longues. J’ai découvert ici une maladie que nous ignorons en Occident : l’ulcère de Buruli, spectaculaire dans ses manifestations, extrêmement mutilante, invalidante, et qui provoque des douleurs épuisantes particulièrement au moment des soins.

J’ai rencontré aussi des patients atteints de la lèpre et d’autres encore vivant avec le Vih/Sida. Certains enfants étaient abandonnés par les familles. Beaucoup d’adultes avaient à peine de quoi se nourrir.

Le quotidien était rythmé par les pansements. Dès 6H du matin, les cris et hurlements des plus petits nous réveillaient. Lorsque j’arrivais à l’hôpital, à 8H30, les pansements étaient toujours en cours, et il fallait parfois maîtriser très fermement les petits qui se débattaient et hurlaient de terreur : il n’y avait pas ou très peu d’antalgiques pour calmer la douleur. D’une manière générale, les médicaments manquaient ; d’ailleurs, lorsque je suis partie, il y avait pénurie de pansements.

Outre l’aide quotidienne aux soins, les médecins et la sœur Régina m’avaient demandé d’accorder un moment d’écoute aux malades qui le souhaitaient, ce que je faisais volontiers à l’heure de la sieste ou le soir, après le repas. Vers 10H et jusqu’à midi c’était l’école et je réunissais petits et grands dans une même classe pour une séance d’alphabétisation. Il n’y avait plus d’école depuis longtemps à l’Institut, et plus de bibliothèque. Dès la fin de leur séance de pansements, les petits arrivaient avec leur cahier ou leur ardoise sous le bras. Sœur Régina tenait beaucoup à cette école et je revois son sourire rayonnant à la vue du petit François (un petit brûlé) courant vers le bâtiment de l’école.

J’avais initié des chants pour les petits avec une gestuelle adaptée et ils aimaient cela. Le désir de voir revivre la bibliothèque était également très présent dans ma pensée et à la mi-juillet ce désir fut comblé…mais pas facilement néanmoins. Aidée de quelques grands très dévoués, tout a été nettoyé et nous avons informé les habitants de l’Institut que désormais ils pourraient venir retirer des livres. J’étais heureuse, tout simplement. Un jeune garçon a accepté de prendre le relais de cette activité bibliothèque après mon départ, de la même manière qu’un jeune homme a pris le relais de l’école.

La prière de 18H nous ramenait, sœur Régina et moi, vers le Christ chaque jour. Les dimanches, l’église était pleine de chants. Souvent l’un des prêtres venait nous voir après la messe et il était très agréable de discuter.

Je n’oublie pas les vigiles de l’Institut, avec lesquels j’ai partagé beaucoup de discussions le soir, au sujet du pays, de la situation politique et économique. Ils me ramenaient régulièrement des serpents, qui nourrissaient mon vif intérêt pour l’herpétologie.

J’évoquerai encore Duquesne-Crémone, le village de lépreux, situé à un kilomètre de l’Institut. Je m’y rendais assez souvent car les habitants, dont certains travaillaient au Centre, m’étaient devenus familiers ; c’était toujours un vibrant accueil.

Je remercie les sœurs NDA qui m’ont permis de vivre ce séjour dont je garde un sentiment très positif et il me tarde de retourner voir les petits pensionnaires. Ce fut un bonheur, comme chaque fois que je me retrouve au cœur de l’Afrique, parmi les populations.

Joëlle Thévenoux

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