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« Jusqu'aux extrémités de la terre, vous serez mes témoins »
Sœurs Missionnaires Notre Dame des Apôtres
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 Dernière mise à jour
 le 1er décembre 2015

Père Augustin Planque, notre fondateur



Sommaire :
-Regard de Sœur Claude-Marie Echallier
-Vous serez cette volonté, Réflexions de Sr. Marta Pettenazzo, n.d.a.
- Pour aller plus loin

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Regard de Sœur Claude-Marie Echallier

L’année même de la fondation de la Société des Missions Africaines, en 1856, arrive à Lyon ce prêtre du diocèse de Cambrai, Augustin Planque, né à Chemy, près de Lille en 1826.

Ordonné en 1850, il avait ensuite été nommé professeur de philosophie au Moyen séminaire d’Arras. Mais depuis longtemps, il rêvait aux missions lointaines. Il quitte le Nord pour rejoindre Mgr Marion de Brésillac. Celui-ci, dans le journal L’Univers, avait lancé un appel, sollicitant des collaborateurs pour ouvrir une mission au Dahomey. C’est ainsi que le soir du 6 novembre 1856 Augustin vient à Lyon et, premier collaborateur de l’Évêque Brésillac, il est à ses côtés lors de la fondation de la Société à Fourvière, le 8 décembre.

La mort tragique qui en juin 1859 frappe Mgr de Brésillac et ses compagnons, quelques semaines après leur arrivée au Sierra Leone, fait du père Planque, de manière imprévue, le successeur de l’Évêque à la tête de la Société à peine née. Ce dernier en avait-il eu le pressentiment quand il écrivait : « Si quelque malheur devait m’arriver, vous seriez là. » ? Dans la fidélité la plus entière, le Père Planque reçoit donc l’héritage qui allait faire de lui un « missionnaire de l’arrière » : lui-même ne partira jamais en Afrique.

C’est donc depuis Lyon qu’il assure le recrutement et la bonne marche du Séminaire, mais aussi qu’il met en route la première mission du Dahomey. Ce sera Whydah, en avril 1861, suivie de plusieurs autres : Lagos, dans l’ouest de l’actuel Nigeria, puis Elmina, au Ghana, l’Égypte, le Niger supérieur et la Côte d’Ivoire.

Mais une autre tâche l’attend car, dit-il, « Tant qu’on n’aura pas de sœurs pour élever les filles, s’occuper des femmes et des enfants, on ne pourra pas former vraiment des familles chrétiennes ». C’est pourquoi, en 1876, après quelques essais de collaboration avec d’autres Instituts, il se décide à « fonder [lui]-même une petite congrégation » avec les encouragements de Rome. Ainsi naîtront les Sœurs de Notre-Dame des Apôtres. C’est à Vénissieux qu’elles occuperont pendant plus de quatre-vingt dix ans la grande Maison que leur a fait construire leur fondateur. Très vite, les sœurs organisent elles-mêmes, dans les missions déjà existantes, écoles, dispensaires, maternités ; elles visitent les malades dans les cases et s’attachent à tout ce qui, par la suite, pourra assurer la promotion de la femme.

Il fallait à cet homme effacé, discret, qu’était Augustin Planque, attaché à rechercher « l’ombre plus que la gloire », une force de caractère assez extraordinaire pour faire face à tant de responsabilités et aux épreuves que seront les nombreuses morts de missionnaires, disparus dans la force de l’âge par suite des fièvres.

Mais le secret de l’action du Père Planque est à chercher d’abord dans sa foi profonde, source d’une audace sans témérité, qui le porte à aller toujours de l’avant dans toutes ses entreprises, sûr de l’appui de Dieu : « Il n’y a rien d’irréparable, disait-il, pour qui se fie à son Père du ciel. »

Annoncer l’Évangile, c’est d’abord s’efforcer d’en être témoin par l’exemple de sa vie, par le désir de se faire proche de qui nous accueille en partageant les coutumes et en parlant la langue. « Ne cherchez pas à faire de vos jeunes Africains des Européens, mais au contraire, aidez-les à s’enraciner de plus en plus dans leur propre milieu ». C’est pourquoi, toujours dans la ligne de Mgr Brésillac, le père Planque envisage déjà la formation de maîtres africains, de prêtres et de religieuses autochtones. « Sans eux, disait-il, nous ne ferons rien de bon, car bien mieux que nous, ils sauront instruire ceux de leur peuple et y faire naître l’Église. »

Telles sont les orientations fortes de ce témoin de la Parole du Seigneur, ardent et convaincu jusqu’à sa mort le 21 août 1907. Les sœurs de Notre-Dame des Apôtres entrent dans une année spirituelle à la mémoire de leur fondateur.

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Vous serez cette volonté, Réflexions de Sr. Marta Pettenazzo, n.d.a.

23 mai 1856

Un jeune abbé, le P. Augustin Planque, écrit une lettre à un Évêque, dont il avait entendu parler dans une revue, à propos de son intention de fonder une Œuvre Missionnaire pour l’Évangélisation des peuples les plus abandonnés de l’Afrique. Cet Évêque s’appelle Mgr Marion de Brésillac.Dans sa lettre le jeune abbé lui ouvre son cœur en lui disant :

« Je me suis demandé, en voyant naître votre belle Oeuvre, si ce n’était pas le cas d’examiner si Dieu ne m’offrait pas un moyen d’exécuter un projet nourri pendant de si longues années. Ne serait-ce pas le cas, Monseigneur, de me préparer à l’Œuvre des missions en me mettant à votre disposition... »

Il y a 150 ans, en ces mêmes jours, le Père Augustin Planque, mettait ses pas sur les pas de Mgr de Brésillac : celui qu’il allait aider dans la fondation de cette Œuvre, il lui faisait entièrement confiance. La main du Seigneur était sur eux et sur l’aventure missionnaire qu’ensemble ils allaient bientôt commencer.

Nous sommes dans les festivités du 150e anniversaire de la Fondation de la S.M.A. et d’une manière ou d’une autre nous sommes invitées à y participer. En même temps nous nous préparons à célébrer le Centenaire de la mort du P. Planque, notre Fondateur.

Comment ne pas voir dans tout cela un appel de l’Esprit qui, peut être, nous demande, de les re-découvrir ensemble, ces deux grands hommes qui, par leur vie et leur grande foi, ont tellement marqué l’histoire de nos deux Instituts et de la Mission Universelle ? Allons à nos sources communes pour y puiser l’élan missionnaire qui a tant animé les débuts de nos deux Familles Missionnaires ! Nous y découvririons, peut être avec surprise et reconnaissance, le même but, le même esprit et les mêmes exigences, traduits au masculin et au féminin. J’ose donc lancer un petit caillou dans l’eau… avec le souhait qu’en tombant il donne des cercles toujours plus amples autour de lui. J’appelle ce caillou : « Vous serez cette volonté » en me référant ainsi aux souvenirs du P. Planque au sujet de Mgr de Brésillac :

« Quand il se préparait à partir, je tâchai de l’en dissuader, lui répétant sans cesse qu’il fallait me laisser partir le premier, et que lui resterait en France pour asseoir sa fondation et en assurer les bases. Je lui disais que son œuvre périrait s’il venait à mourir. Elle vivra, me répondait-il, tant qu’il y aura une volonté pour la maintenir, et vous serez cette volonté. »

Une Mission, deux hommes

Dans cette première partie je me limiterai à présenter les deux Fondateurs en soulignant surtout le rapport de respect et d’estime qui les a liés dès les débuts de l’Œuvre.

« Je bénis le ciel de ce qu’il vous a donné, à un très grand degré, l’esprit de notre œuvre. »

Marion Brésillac et Augustin Planque avaient peu de points communs. Le premier avait déjà expérimenté la vie missionnaire dans son séjour en Inde, où il avait déjà pu mettre en comparaison ses idéaux et ses convictions avec la réalité missionnaire existant dans ce Pays. Le second, jeune prêtre, professeur de philosophie au séminaire, avait surtout cultivé son rêve missionnaire à travers la lecture des Annales de la Propagation de la Foi. L’un, provenant du sud de la France, était considéré comme une "furia francese" ; l’autre, du nord, avait un caractère plus calme et méthodique.

Pourtant leur relation fut caractérisée, dès le début, par une totale confiance et ouverture d’âme ; comme le rapport confidentiel qui s’instaure normalement entre deux amis, ou entre un disciple et son maître, ou encore mieux entre un père et son fils.

« Je commence par bénir le Seigneur du dessein qu’il vous inspire » écrit Mgr de Brésillac au P. Planque, après avoir lu dans sa première lettre la disponibilité avec laquelle il se mettait au service du nouveau projet. Et il continue :

« La persévérance, jusqu’à votre âge, dans le dessein de travailler à l’œuvre des Missions me paraît être un signe puissant de vocation ».

« Cher ami, - il lui écrit dans la lettre suivante - permettez-moi de vous appeler de ce nom, dans l’espérance que dorénavant nous partagerons nos travaux, nos consolations et nos croix, bien autrement précieuses que les consolations qu’il plaira à Dieu d’accorder à notre faiblesse. »

On peut déjà comprendre le ton confidentiel et sincère avec lequel l’Évêque s’adresse au jeune prêtre, qui le lui rend avec un style simple et ouvert.

"Je suis heureux - lui dit le P. Planque - de pouvoir me mettre à votre disposition : Dieu lui-même paraît avoir disposé toutes choses pour sa plus grande gloire, et j’espère ne trouver plus d’obstacles".

Et il continue "Ainsi, tout me fait désirer, Monseigneur, la prompte ouverture de votre maison. Puisse le Maître de toutes choses et des cœurs exaucer vos vœux auxquels je joins les miens !" ».

Depuis le début, de Brésillac avait été bien impressionné par le P. Planque. Il écrit au Card. Barnabò, Préfet de Propaganda Fide :

« C’est un homme providentiel pour notre œuvre. Il a quitté pour se joindre à moi, la chaire de philosophie qu’il occupait avec honneur dans un séminaire considérable de France. Très instruit, pieux comme un ange, ayant passé toute sa vie dans les Séminaires, habitué à la direction des jeunes gens, et doué d’un caractère parfait, il est très propre à diriger le noviciat et la maison de Lyon en mon absence ».

Partout où il se trouve il se tient en contact avec le P. Planque qu’il considère comme son alter ego. Dans ses lettres il laisse transparaître toute sa sollicitude de père ; plus que la force il utilise la douceur à son égard. Parfois il semble nourrir des craintes envers lui, à cause de son caractère plutôt introverti et tendant au découragement.

Il écrit dans son Journal : « M. Planque semble toujours animé du même dévouement. Il est cependant un peu raide vis-à-vis des jeunes aspirants. »

Souvent il l’invitera à la condescendance devant les défauts d’autrui, unie à beaucoup de douceur et de patience pour redresser ce qui est imparfait. Il n’hésitera pas à lui rappeler la nécessité de ne pas se décourager devant les adversités et à remettre toute sa confiance dans la Providence.

« Ne nous laissons donc jamais décourager quelles que soient les peines qui se présentent. Je vous l’ai dit, bien cher ami, et je crois pouvoir vous le redire dans la confiance que j’ai en vous : c’est la seule tentation du découragement que je craigne en vous. Quelques mots de votre dernière lettre me dictent ces réflexions. Mais j’ai la pleine confiance que vous trouverez dans votre connaissance du cœur humain, et dans votre profonde piété, plus de force qu’il ne faut pour en triompher ».

Tout ceci n’empêche pas Mgr. de Brésillac, quand le moment du départ sera arrivé, de laisser la direction du Séminaire à "l’excellent Père Planque" qui « développera ici notre Société et préparera les autres (missionnaires), non seulement pour le Dahomey, mais aussi pour être plus tard à votre disposition (de Propaganda Fide) pour d’autres contrées des plus abandonnées de l’Afrique ».

(à suivre)

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Pour aller plus loin

Sœur Claude-Marie Echallier, L’Audace et la Foi d’un apôtre, Augustin Planque, Éditions Khartala, 1995

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