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« Jusqu'aux extrémités de la terre, vous serez mes témoins »
Sœurs Missionnaires Notre Dame des Apôtres
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 Dernière mise à jour
 le 1er décembre 2015

Scènes de la vie quotidienne à Fada (Burkina Faso)

« Ce que nous avons entendu et que nos yeux ont vu, que nos mains ont palpé, je parle du Verbe qui est la Vie, nous vous l’annonçons pour que vous soyez en communion avec le Père et son Fils Jésus Christ » 1 Jn 1

Sr Rachel HOHMANN BP 60 Fada N’Gourma Burkina Faso

Chers Amis et Amies

Joyeux Noël 2008 avec toute mon affection

Aujourd’hui je vous invite à une petite promenade vers la cathédrale de Fada à 5h30 du matin. Je vais vous montrer quelques scènes typiques et journalières que je découvre sur mon chemin vers l’église.

Chaque jour j’observe les vendeuses de riz installées près de la gare des « taxis-brousse ». Ces voitures amènent de nombreux voyageurs vers le Togo, le Bénin ou le Niger, trois pays frontaliers à 150 km de Fada. Nos marchandes leur vendent un bon plat de riz et sauce qui va les caler pour quelques kilomètres de route. Il faut être d’aplomb pour prendre ces moyens de transport car les routes sont parfois un peu défoncées et les voitures nous reviennent retapées d’Europe, « France au revoir » comme on les appelle ici.

Quand je reviens de la messe 3/4h après, ces mêmes vendeuses ont terminé leur matinée de vente, tous les plats sont vides. Mais à quelle heure ont-elles commencé leur journée ? Au moins à une heure ou deux heures du matin car pour piler les condiments de la sauce, ramasser le bois, chercher l’eau, allumer le feu, il en faut du temps ! Un peu plus loin, j’observe la vendeuse de noix de kola qui étale soigneusement sur un linge humecté les différentes noix. Elle les tâte une à une, les plus belles elle les dépose en avant de sa table pour attirer l’attention des passants. Ces noix sont présentes lors des grandes fêtes : mariage, baptême, fête du nom, funérailles. Mais elles sont aussi des « coupe-faim et coupe sommeil » : « Je peux rouler 24 heures d’affilé en mâchouillant la noix » me dit un transporteur.

Comme je m’approche de la maison, je vois un gamin qui balaye une sorte d’abri couvert : il est malin et sait utiliser ce petit bout de terrain comme parking pour vélomoteurs et bicyclettes. Vous savez tous qu’au Burkina les 2 roues sont rois ! Tout à l’heure, il va proposer son parking à tous ceux qui vont faire un tour au marché tout proche, moyennant bien sûr une petite pièce.

Tout à côté, s’est installé un petit réparateur de vélos : ces outils ne sont pas nombreux, une clé, une rustine, car tout l’art de la réparation est dans ses doigts. Il est ingénieux et a su trouver le bon emplacement pour son atelier « volant ». Les gens , je dis bien font « un tour » au marché, car nombreux sont ceux qui partent bredouilles ou avec trois fois rien dans un sachet en nylon noir car les prix ont flambé et le pouvoir d’achat des gens simples est de plus en plus réduit. La Bourse n’est pas seulement en chute libre à Wall Street, ici les effets sont désastreux.

Il est maintenant 7h et les rues sont encombrées par tous les écoliers, collégiens et travailleurs qui partent sur leurs 2 roues. Pas toujours très sécurisant de traverser la route à ce moment-là, car pour les uns les freins sont inexistants, pour d’autres c’est leur premier essai sur les 2 roues et ils ont besoin de beaucoup d’espace, d’autres encore se croient cyclistes sur le « tour du Faso » (cf. tour de France) et alors gare à vous si vous gênez leur passage !

J’aime cette marche tous les matins, je croise joie et peine, misère et espérance : les enfants qui dorment dans la rue, la vieille rejetée de son village, le jeune qui semble partir à l’assaut du monde, l’activité des petits vendeurs, la bonne humeur, les appels, la Vie.

Avant d’entrer dans notre cour, les motocyclistes qui partent à l’abattoir me donnent tous les matins un petit coup au cœur. De la moto monte un gémissement, des pleurs, des cris comme ceux d’un enfant. Qu’est-ce qui se passe ? Ce sont les chèvres qui vont à l’abattoir, elles sont accrochées au guidon ou ficelées sur le porte-bagages. Impressionnant !

Fada a été choisie cette année pour la célébration officielle de la fête nationale du 11 décembre. Fada va donc devenir ville propre, certaines rues sont goudronnées, des lampadaires apparaissent ça et là et même des feux tricolores. Il fallait voir les gens le premier jour de la mise en service… Mais il y a le travail des femmes qui tous les matins ramassent les détritus jetés dans la rue. Elles ont une charrette tirée par un âne et stoïquement elles ramassent les milliers de sacs en plastique noir qui jonchent le sol, travail pénible et jamais achevé. Je reste toujours pensive en me demandant quel sera leur salaire pour un travail aussi ingrat.

Tout ce monde que je rencontre sur ce chemin matinal, je le porte dans ma prière, il devient offrande à l’Eucharistie : je vous associe tous et toutes à cette offrande.

Belles fêtes de Noël et Nouvel An,

Rachel

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