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« Jusqu'aux extrémités de la terre, vous serez mes témoins »
Sœurs Missionnaires Notre Dame des Apôtres
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 Dernière mise à jour
 le 1er décembre 2015

La Mission selon...



Sommaire :
-Femmes de communion
-Des articles à lire en ligne
-Réflexion de José Cristo Rey Garcìa Paredes, CMF
-Réflexion de Michel Dujarier

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Femmes de communion

-  La fidélité à l’Esprit, Message du conseil provincial de -l’Afrique francophone

-  En dialogue avec les musulmans, en Afrique et au Moyen-Orient », Sœur Eileen Cummins, Supérieure Générale de la Congrégation

-  Message de Sr Eileen Cummins, à l’occasion de l’année jubilaire

-  Notre mission de dialogue, dans les écoles en Égypte, Interview de Sœur Irini Chenouda, Radio Vatican, 3 mai 2006

-  Sœurs Mariam et Camilla : La problématique des femmes immigrantes et québécoises en situation de pauvreté

-  Notre mission dans le monde

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-  Homélie de Monseigneur Edmond Djitandar, évêque du Sarh, pour le SOXANTENAIRE des sœurs NDA au Tchad, mai 2007

Chers Soeurs et Frères Bien aimés de Dieu,

Nous sommes heureux d’entourer nos sœurs de Notre Dame des Apôtres pour célébrer avec elles leur fête patronale à l’occasion du centenaire de la mort du Père Augustin Planque, leur fondateur. Nous célébrons en même temps les soixante ans de leur présence au Tchad, présence qui a débuté à Sarh…
-  Comment ne pas évoquer en cette triple circonstance les générations de religieuses de cette congrégation qui nous ont donné le goût de la culture, de la Parole de Dieu et du service des autres. Je peux me permettre de dire tout cela, étant un ancien élève de ces sœurs NDA. Faut-il rappeler que Sarh a été le premier lieu d’implantation d’une communauté de religieuses au Tchad et les NDA sont la première congrégation à fouler le sol du Tchad. Cela n’est pas seulement un titre de fierté, mais un devoir de mémoire et de souci pour la promotion de la vie religieuse féminine.
-  Nous célébrons ce triple évènement en exprimant notre reconnaissance au Seigneur pour ces pionnières de l’évangélisation au féminin. Et depuis, elles sont restées au milieu de nous avec discrétion, parfois en silence, mais toujours présente aux différentes péripéties de l’évolution de notre Eglise-Famille de Dieu et des difficultés de recrutement dans la congrégation.
-  Comment pouvait-il en être autrement puisqu’elle ont choisi de rester, fidèlement participantes à la vie de notre jeune Eglise-Famille, à l’imitation de celle dont elles portent le nom : NOTRE DAME DES APÔTRES, au milieu de la première communauté ecclésiale. C’est l’image que la première lecture nous offre de la première CEB de l’histoire : les apôtres et « quelques femmes dont Marie la mère de Jésus et ses frères ».
-  La fidélité et la persévérance de l’apôtre Jean sont récompensées… et nous le voyons aussi à travers la présence au sein de notre Eglise-Famille les sœurs de Notre Dame des Apôtres, toujours là, toujours présentes et toujours engagées avec nous dans la prière et l’annonce de la Parole qui sauve.
-  En ce mois de Marie, comment ne pas réserver la place qui lui revient à Marie Mère de Jésus et notre Mère dans nos familles et dans nos communautés. Nous avons essayé de le faire tout au long de ce mois de pèlerinage à Notre Dame du Barh Sara que nous clôturons demain. Bien plus, nous sommes invités à accueillir Marie comme notre MÈRE car depuis la CROIX, elle nous a reçus comme ses fils et ses filles. Nous rendons grâce à Dieu car leur charisme a pris racine dans notre terre et notre Eglise a eu le bonheur d’offrir quelques-unes de ses filles qui ont été accueillies par cette famille religieuse pour se consacrer au service du salut de leurs frères et sœurs… la plupart sont actuellement missionnaires hors du pays.
-  C’est là un signe sans équivoque de la maturité de la foi et de la transformation de la grâce divine… car on sait que le Tchadien n’a pas l’esprit très aventurier. Quand on a fait la connaissance de Jésus, la seule personne capable de se donner, de tout donner … jusqu’à sa mère, comment résister à son appel de tout quitter pour partir au loin annoncer son Nom et son salut ?
-  Nous rendons grâces au Seigneur pour la route du Tchad que son Esprit a poussé les Sœurs NDA à ouvrir… Prions en union avec toute la congrégation des NDA pour que des routes s’ouvrent dans le cœur de nombreuses jeunes filles qui sont en recherche pour qu’à l’exemple des aînées, elles puissent répondre généreusement elles aussi à l’appel pour le don total de soi au service du Seigneur et pour le salut de leurs frères et soeurs.

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Des articles à lire en ligne

81e Journée mondiale de la Mission, octobre 2007

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-  Missionnaires de demain
"Le père Michael McCabe, membre du Conseil général de la Société des Missions Africaines, réfléchit au sens de la mission et au rôle des missionnaires. Il montre comment ces derniers sont appelés à rechercher et discerner les traces de l’Esprit déjà présent partout dans le monde. Il parle également des défis principaux que ces missionnaires doivent relever avec un regard véritablement contemplatif : la proclamation de l’Evangile, le dialogue, l’inculturation..."

-  Eglise du Nigeria : Les décennies à venir. Quelles perspectives ?
Le père Bede Ukwuije, théologien et missionnaire nigérian, expose la situation de l’Église au Nigeria et les problèmes ethniques, sociaux et interreligieux auxquels elle est confrontée.

-  « L’Eglise de France vue par un missionnaire africain »
Le père Ukwuije réfléchit aux forces et aux blessures du peuple et de l’Église de France qu’il a servie pendant 15 ans.

-  « Le Synode Africain et son apport » par le père René Luneau, dominicain

-  Les Coptes chrétiens d’Égypte : deux mille ans de christianisme
Un dossier très au point, proposé par Wadie Andrawiss.

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Réflexion de José Cristo Rey Garcìa Paredes, CMF

(JPG) (Extraits d’une intervention donnée à Rome par José Cristo Rey [1] en mai 2005, dans le cadre de la semaine de la vie consacrée)

La Mission : clé pour comprendre la Vie Consacrée aujourd’hui

Sans une conscience missionnaire forte, l’Église et la vie Consacrée dans l’Église, n’ont aucune signification, aucune raison d’être.

La mission est la clé pour comprendre l’Église et tout ce qui se passe en elle, y compris la vie consacrée. Quand la mission est le centre et le principe qui structurent sa vie, tout fonctionne bien et se développe.

Définitions de la Mission

Le mot mission vient du terme latin “mitto.” Sa signification est “envoyer” ou “être envoyé.” Le sens propre de la mission est “être envoyé.” Ce “être envoyé” répond donc à un appel, à une tâche assignée à une personne pour être accomplie.

“Missio Dei”, Au-dessus de tout !

Il y a plus de 50 ans nos frères protestants ont inventé cette expression. Avec cette catégorie ils voulaient parler de la mission de Dieu lui-même. Ils voulaient dire que notre Dieu est Mission. Depuis le Mystère Trinitaire de Dieu qui nous a été révélé, nous savons que la catégorie de mission est absolument essentielle pour comprendre Dieu. Jésus, comme Fils de Dieu, est conscient d’être “envoyé” par le Abba. Dieu le Père est Celui qui envoie son Fils dans le Monde. Le Père envoie aussi l’Esprit qui le rend présent dans le monde, dans différentes occasions et dans une variété de formes. Il est clair que la mission fait partie de l’existence divine. L’Abba est Celui qui envoie, et le Fils et l’Esprit sont Ceux qui sont envoyés. Pour cette raison la réflexion théologique parle de “Missio Dei” comme un des aspects fondamentaux de la Trinité sainte. Être envoyé est une condition existentielle du Fils et de l’Esprit.

“Missio Creationis”

Toutes les actions de Dieu “ad extra” sont alors actions missionnaires. La Création est le premier acte missionnaire de Dieu.

“Missio Redemptionis”

Jésus savait que la mission ne pouvait pas être vécue dissociée de Dieu le Père et Créateur ; Jésus savait que sans contempler le visage de Dieu et sans être en communion avec sa volonté, la mission perd son but et devient anti-mission, indépendance stérile. La seule préoccupation de Jésus était de rendre présent le Royaume de Dieu, et de rétablir l’Alliance brisée entre Dieu et nous. Seulement en communion avec Dieu nous réalisons la mission, et ce n’est qu’en communion avec Lui que nous pouvons dire que le Royaume de Dieu arrive parmi nous. La mission de Jésus, alors, n’était pas d’invalider le projet original de la création, ou de condamner l’être humain, mais de restaurer le projet original de Dieu. L’existence humaine de Jésus a culminé dans l’offrande de sa vie sur le Calvaire, sur l’autel de la Croix. C’était son dernier acte missionnaire. La passion est une autre expression de la mission (non pas seulement l’action). Jésus a partagé sa mission avec ses Disciples. Dès le début il a pris l’initiative de regrouper une communauté d’hommes et de femmes disciples. Jésus voulait partager avec eux sa propre mission. Il a eu confiance en chacun d’eux et les a envoyés “deux par deux” proclamer l’Évangile du Royaume de Dieu et agir contre les forces diaboliques qui empêchent la présence de Dieu dans notre monde.

“Missio Spiritus Sancti”

L’Esprit est le missionnaire du Père et du Fils. L’Esprit est le Maître intérieur, celui qui rappelle tous les mots de Dieu. Plusieurs ont découvert que nous vivons maintenant dans le temps de l’Esprit, dans le temps de la mission de l’Esprit. L’Esprit est le protagoniste principal de la mission. Ceux qui se laissent conduire par l’Esprit, sont poussés et stimulés par Lui et associés authentiquement à la mission de Dieu. La mission de l’Esprit œuvre dans le monde entier. Tous les êtres humains pourraient être transformés par la médiation et l’action missionnaire de l’Esprit. Pour cette raison nous parlons des signes de l’Esprit. L’Église est épiphanie de l’action de l’Esprit dans le monde.

“ Missio Apocalyptica ”

Le dernier trait de mission est une caractéristique qui paraît quand la mission affronte les dangers, et l’opposition de l’ennemi du règne de Dieu. Cette dimension injecte dans la mission une urgence eschatologique inquiétante. Le missionnaire, imprégné de cette urgence apocalyptique, sent que l’action missionnaire ne peut pas être remise à plus tard. Pour cette raison le missionnaire apocalyptique est informé que le temps a été raccourci, limité. Il manifeste une confiance totale dans le pouvoir de Dieu et dans le développement du règne de Dieu au bon moment. Cette dimension de la mission est exercée par une communauté que prie et intercède pour le monde ; une communauté qui s’est dissociée de la Bête et de son prestige, et qui a au-dessus tout, un amour passionné pour le Seigneur Jésus.

Les caractéristiques “Chrétiennes” de la Mission - “ce que nous avons entendu et vu”

Nous sommes missionnaires de Dieu par l’action de porter son Evangile « dehors ». Nous savons que nous sommes collaborateurs et coassociés dans son projet, qui est le but de notre vocation, donc, nous répondons à l’appel. Le projet de Dieu ne peut pas être différé indéfiniment. Marie est allée visiter sa cousine en hâte. Les messagers de Jésus ont été envoyés avec les directives d’aller tout droit à la mission donné, sans perdre temps en chemin. La mission chrétienne est impatiente et passionnée. Le/la missionnaire sait comment interpréter le passé, le présent et le futur. Mais cela exige une contemplation profonde de Dieu et de son mystère qui, progressivement, déploie pour nous la signification de mission. C’est à une communauté en prière et en contemplation que la signification du projet de Dieu dans l’histoire humaine se manifeste.

La caractéristique “charismatique” : le charisme pour le monde et pour l’Église

Chaque communauté religieuse partage la mission de l’Église dans le monde par un chemin très particulier. Le Saint-Esprit agit à travers une Congrégation et ses communautés d’une manière étonnante. C’est très important que les Instituts de vie Consacrée soient moins passionnés de programmer leur “propre” mission, et plus passionnés de découvrir où l’Esprit les conduit. Ainsi ils peuvent être instruments authentiques de l’Esprit pour la mission. Quand un Institut est conscient de sa place dans la mission de l’Esprit, alors, cet institut comprend plusieurs choses :

La mission est discernement dans la contemplation de notre monde, de la réalité, à l’écoute des cris de l’Esprit. Dans les situations d’oppression, la vie Consacrée découvre sa nature apocalyptique. La prière missionnaire de la vie Consacrée devrait aussi être caractérisée par ce trait apocalyptique : la prière qui exprime le désir passionné pour la venue du Seigneur et de son Règne. Il est normal pour la vie Consacrée de découvrir un lien spécial avec les groupes humains engagés dans la mission de libération et de rédemption. La caractéristique la plus importante du rôle de la vie Consacrée dans la Mission, est d’exercer la fonction de signe de la parabole du règne de Dieu. La vie religieuse n’est pas un don charismatique de l’Esprit pour résoudre les problèmes des Églises locales ou de la société, sa vocation spécifique est plutôt de manifester l’utopie du Règne de Dieu, qui n’est pas le résultat de nos efforts humains mais un don.

Quand la mission est au coeur de la Vie Consacrée, tout fleurit

Quand la mission est placée au coeur de la vie Consacrée, elle affecte profondément la spiritualité, la vie communautaire et même les structures.

Spiritualité :

La conscience de la mission produit la spiritualité. Dieu est comme un feu brûlant dans le coeur : c’est la spiritualité authentique. C’est la racine de toutes les activités et initiatives du/de la missionnaire. Quand Elisabeth a reçu la visite de Marie, elle a été remplie du Saint-Esprit et a crié ses éloges à Marie et révélé celui qui était en elle. Elle est devenue une femme évangélisatrice. C’est ce qui arrive à chaque missionnaire quand il ou elle reçoit la vocation missionnaire qui vient de Dieu.

Vie de Communauté :

Sans passion de la communion missionnaire avec Dieu, comment une communauté peut-elle être habitée vraiment par la Trinité ? Pour cette raison la communauté est nourrie par l’expérience de la Parole de vie. Quand cette expérience a lieu, il y a un besoin brûlant de la transmettre et de la communiquer. Quand cette expérience existe, la communion est étendue.

Les signes des temps et les cris de l’Esprit :

Une personne et une communauté qui sentent l’inquiétude et la passion pour la mission, deviennent des sentinelles apocalyptiques. Elles sont toujours en alerte à la volonté de Dieu qui est révélée dans les événements historiques. Le/La missionnaire authentique est toujours prêt à changer de lieu, de place, pour aller là où la mission de Dieu devient urgente et a besoin de collaborateurs.

Conclusion

Comme Jean-Baptiste, le/la missionnaire authentique est toujours prêt à diminuer, afin que la mission partagée augmente. Il/elle aide chacun à découvrir qu’il est aussi missionnaire du Règne.

L’Esprit qui a mis en marche les Prophètes, les Apôtres, et les grands missionnaires, n’est pas éteint. Il continue à être présent parmi nous. La seule chose nécessaire à l’Esprit est la docilité, la disponibilité à être toujours déplacés et stimulés. C’est l’Esprit qui appelle pour collaborer dans sa Mission.

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Réflexion de Michel Dujarier

(JPG) Nous avons demandé au père Michel Dujarier [2] une réflexion sur la mission aujourd’hui à l’occasion de la rencontre d’été. Quel regard poser sur l’humanité, sur l’histoire du salut et sur l’Église, pour renouveler notre façon de comprendre et de vivre la mission ? La mission a-t-elle changé ? Le temps des missionnaires est-il fini ? Quelles sont les grandes orientations de la théologie de la mission ?

Avec l’apôtre Paul, nous ne cessons d’affirmer : « Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile » (I Co 9, 16). Depuis que le Christ a demandé à ses disciples d’être « ses témoins jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1, 8), la Mission continue : les chrétiens témoignent du Christ ressuscité, l’Église annonce sans cesse le message de Jésus et l’Esprit suscite partout des conversions et des communautés.

Première partie : Une nouvelle vision de l’homme et de sa liberté.

Tout homme est une personne, avec sa dignité, sa responsabilité et sa liberté. De même, tout peuple a sa personnalité, il a besoin d’être « reconnu » et respecté. C’est ce qu’a révélé au monde l’événement de Bandung (1955, en Indonésie), première conférence des non-alignés : « Reconnaissance pour ce que nous sommes ». C’est le désir de s’exprimer et de décider soi-même, et cela à tous les niveaux : politique, culturel et religieux. Ainsi les Églises elles-mêmes aspirent à être pleinement responsables de leur orientation dans leur croissance. Il faudra attendre 1939 et 1956 pour avoir des évêques africains tant à l’Est qu’à l’Ouest.

La reconnaissance de la liberté de chacun est à respecter absolument. Cette aspiration a été reconnue par le Concile Vatican II. Le jour même où a été publié Ad Gentes, un autre texte capital était également voté sur la liberté religieuse. Ce texte marque un tournant théologique avec d’importantes conséquences pour la missiologie. C’est une vraie révolution copernicienne ! Le Concile rappelle que ce droit au respect de la liberté de tout un chacun est fondé d’abord sur la dignité de la personne. Il a ses racines dans la révélation divine elle-même car « L’homme est créé à l’image de Dieu. Certes, Dieu appelle l’homme à le servir en esprit et en vérité. Mais si cet appel oblige l’homme en conscience, il ne le contraint pas. » c’est une nouvelle théologie de l’homme et une théologie de l’acte de foi, de la conversion… et de la Mission. Il ne s’agit pas d’imposer (ni par la force, ni par la pression sociale ou financière) mais de « pro-poser » - Jésus dit toujours « Si tu veux » et ceci par le témoignage d’un nouveau comportement personnel et communautaire, mais aussi par une parole explicite, si possible, toujours dans le respect de l’autre.

Nécessité de l’inculturation

Déjà sans le mot « inculturation », le Concile Vatican II reconnaît la culture de chacun. Dans Gaudium & Spes : « la personne humaine n’accède vraiment et pleinement à son humanité que par la culture » (53, 1). Aujourd’hui, chacun en prend conscience selon deux aspects : je veux être respecté dans ma culture je veux être un acteur responsable de ma culture et de mon progrès.

Il y a un lien entre Évangile et culture, mais la Bonne Nouvelle n’est pas liée à une culture, elle peut et doit entrer en communion avec toutes : accueillir les valeurs avec discernement, mais aussi les purifier, ce qui demande du temps. En 1990, l’encyclique Redemptoris Missio nous invite à développer ce processus qui se réalise peu à peu dans un double mouvement réciproque continuel :
-  l’Évangile entre dans les cultures
-  les cultures enrichissent l’Église dans sa compréhension du mystère du Christ et dans l’expression de sa vie de foi.
Cela se réalise dans la durée : annonce, assimilation vitale, et ré-expression du vécu, par le peuple qui a reçu l’annonce.

Le développement intégral

Il ne s’agit pas d’opposer évangélisation et développement, car ils sont tous deux nécessaires et marchent ensemble : on ne marche pas sur un seul pied ! le développement ouvre l’homme à l’Évangile, mais pas automatiquement s’il est conçu de façon matérialiste. Il faut l’orienter, l’humaniser, le spiritualiser. Pour un chrétien, le développement repose sur un triple acte de foi :
-  en la dignité de toute personne
-  en la certitude que l’Histoire aboutira, elle a un sens dans le projet de Dieu
-  en la conviction que ce progrès est possible

Mais il n’y a de développement durable que « ressenti » par les gens, mené par eux, en commençant par le « possible » local, même s’il est tout petit. Et il n’y a de développement valable qu’accompagné de réflexion humaine et spirituelle sur la réalité des personnes.

Une nouvelle vision du salut et de la relation aux autres religions

Le renouveau des études bibliques au XXe siècle a entraîné un renouveau de la conception de l’histoire de la révélation mais aussi de l’histoire du Salut avec la place des autres religions et la nouvelle attitude de dialogue nécessaire à la Mission. Des théologiens comme P. de Montcheuil, le P. Daniélou nous ont alertés, tout comme le P. Amaladoss, sur la nécessité de contempler l’action de Dieu qui nous précède. Leurs études nous ont aidés à comprendre le sens du temps et la place des diverses religions dans l’histoire du salut.

Deux textes de Vatican II ont joué un rôle important dans la mise en place de la théologie des religions :
-  La Constitution sur l’Église (Lumen Gentium) demande de considérer comme une préparation évangélique tout ce qui peut se trouver de bon et de vrai dans les religions.
-  La déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes (Nostra Aetate) va encore plus loin. Elle affirme que l’Église reconnaît le positif et les éléments de vérité contenus dans les diverses religions non chrétiennes et elle invite à faire progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en elles, avec discernement. Elle affirme que le projet de salut de Dieu est pour tous les hommes et tous les peuples.

Pour suivre cette recherche qui évolue rapidement, il serait bon de lire Michel Fédou, Les Religions selon la foi chrétienne. Il est clair que les religions ont une place et un rôle dans le projet de Dieu. Ce qui a radicalement changé depuis quelques décennies, c’est le regard positif que nous avons désormais ou que nous devrions avoir, sur les autres religions et sur les cultures, avec la conviction forte que chaque culture est source d’enrichissement pour l’Église elle-même. C’est cet état d’esprit qui nous permettra de mieux vivre la mission, dans le dialogue.

Le dialogue

-  Dans Ecclesiam suam, en 1963, Paul VI invitait déjà à la pratique du dialogue, d’où la création du Secrétariat pour les non chrétiens (1964) devenu le Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux (1986).
-  Dans Evangelii Nutiandi (1975) cette perspective du dialogue a été approfondie dans l’esprit de Vatican II.
-  Un texte du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, « Dialogue et Mission, rappelle ce qu’est la mission et note que le dialogue est l’un des quatre éléments constitutifs de la Mission :
témoignage de vie chrétienne,
engagement au service de la promotion humaine,
dialogue
et annonce
Et qu’il doit se réaliser dans le respect de la liberté à l’égard de tout homme.

Ce même document décrit les quatre formes du dialogue :
-  celui de la vie
-  des œuvres
-  des échanges théologiques
-  du partage de l’expérience religieuse.
Ce document invite à pratiquer le dialogue pour faire grandir le Royaume. C’est dans cet esprit qu’a été vécue la journée de prière interreligieuse d’Assise en octobre 1986, et de nouveau en octobre 1999.

Un autre texte majeur est le document Dialogue et annonce, publié en juin 1991, peu après Redemptoris Missio, en décembre 1990.
Le document expose clairement ce qu’est le dialogue : l’Église a une approche positive des traditions religieuses, car l’Esprit Saint travaille dans le monde bien au-delà des limites visibles de l’Église (comme on est loin de « Hors de l’Église, pas de salut ! »). L’Église, « sacrement du salut » doit opérer un dialogue de salut avec tous, tout en se sachant elle-même en pèlerinage vers la plénitude de la vérité. Elle-même va découvrir quelque chose en approfondissant sa foi à partir du positif des autres (attitude humble, bien loin de l’époque où l’on croyait posséder toute la vérité.)
Les difficultés réelles du dialogue sont surmontables à condition de s’y engager avec toute sa conviction de foi vécue, en étant prêt à découvrir et à apprendre, en étant prêt soi-même à être transformé.

Dialogue et annonce sont liés, mais pas interchangeables, aucun des deux ne doit être négligé. Il s’agit d’un cheminement fraternel où chacun découvre l’autre, élargit sa vision et se remet en cause. Dialogue et annonce sont deux façons d’accomplir la mission. Elles sont toutes deux nécessaires. Le dialogue, à sa façon, est déjà une annonce. Tout cela doit se vivre dans un climat d’amour, d’humilité, de patience, de partage, de recherche et de prière.

Deuxième partie : nouveau regard sur l’Église et sa mission

La mission est toujours nécessaire, mais à bien situer

Fondement biblique

C’est le Christ lui-même et son Esprit qui ont fait naître une Église fondamentalement missionnaire selon le projet de Dieu trinitaire (Ep 1, 3-14) :
-  Amour du Père qui nous invite dans sa famille trinitaire
-  Par le Christ, notre frère, unique médiateur
-  Dans l’Esprit, source du dynamisme de l’amour.

L’envoi de l’Église en mission par le Christ ressuscité : chacun des évangélistes nous présente cette mission avec une note particulière :
-  en Mc 16, 15-16, il s’agit de proclamer l’Évangile à toute créature
-  en Mt 28, 19-20, l’accent est mis sur la nécessité de faire des disciples
-  en Lc 24, 48 et dans les Actes des Apôtres, c’est la mission du témoignage
-  en Jn 17, 20, être missionnaire, c’est être « envoyé », « comme le Père m’a envoyé… » En Jn 21, c’est la même idée d’envoi, mais avec un accent d’intériorité : « va vers mes frères et dis-leur que je remonte vers mon Père et votre Père ». c’est la première fois que Jésus donne à ses disciples le nom de « frères ». c’est la base de la fraternité chrétienne.

La perspective de Paul Dans sa conversion, Paul est appelé pour la mission (Ac 26, 16-18). « Je t’ai destiné à être serviteur et témoin ». A la fin de sa vie, il fait le bilan de sa mission et dans 2 Tm 1, 6-11 et 1 Tm 2, 3-7, il invite son disciple à raviver en lui le don de Dieu, à rendre témoignage, sans honte, comptant sur la force de Dieu qui lui donne toute assurance. La mission, c’est le Tout de sa vie.

Vocabulaire à éclairer

Jusqu’au XVIe siècle le mot mission est réservé aux Personnes divines : à l’envoi du Fils et de l’Esprit à l’humanité.

Puis ce mot est utilisé pour ceux qui ont une responsabilité.

Du XVII au XXe siècle, le mot prend un autre sens, il est employé au pluriel et s’applique aux pays lointains. On parle « des missions ».

Aujourd’hui, depuis Vatican II, la « Mission de l’Église » implique tous les chrétiens. C’est la fonction essentielle de l’Église. Paul VI, dans Evangelii nutiandi, prend le mot évangélisation comme l’élément essentiel de la Mission de l’Église. Il parle de Mission évangélisatrice. Redemptoris Missio a repris le terme de « mission ad gentes » (aux nations), mais en le situant dans la mission globale de l’Église. Aujourd’hui, les théologiens disent que la mission de l’Église est de susciter le Royaume.

Légitimité de la mission

La mission de l’Église se situe dans la mission de Dieu (Karl Barth, 1932)

La mission de Dieu :
-  Elle est le projet de Dieu, jailli de son cœur plein d’amour, qui invite à la communion.
-  Elle en est l’épiphanie, la manifestation
-  Elle s’adresse à tous les hommes, à toute la création et à toute l’histoire humaine
-  Elle instaure le Royaume de Dieu par l’Église et au-delà d’elle
Cette médiation est trinitaire par l’action des « deux mains du Père : le Christ et l’Esprit » (saint Irénée)

Mission à vivre en Église

La mission de l’Église s’inscrit dans le projet de Dieu. L’Église est mission. Il s’agit de réaliser la Gloire du Père, du Fils et de l’Esprit. Toute mission fait naître l’Église. L’Église de Dieu est présence de la Trinité qui se communique et met en communication. L’animateur de l’Église, c’est l’Esprit Saint. L’Église est sacrement du salut : moyen humano-divin pour transmettre le salut à tous. Elle est le corps de la charité sur la terre, agapè rayonnante, qui vit de la charité et la répand. Elle est ferment évangélique (Bruno Chenu). Le mot fraternité est le nom propre de l’Église La fraternité est vécue localement en synergie permanente avec les Églises-sœurs.

Vivre concrètement cette mission

En église locale

Sommes-nous vraiment, dans la pratique, entrés dans le concept d’ »Église-locale », responsable de la mission chez elle, en communion avec les autres ? Avons-nous un regard « extérieur », un regard de « spectateur », voire de « juge » ? Comment parlons-nous ? À la première personne du pluriel, en « nous », ou en « elle » ? Est-ce que j’aime vraiment l’Église qui m’accueille ? les signes en sont : la joie, bonheur d’y vivre, partage de ses joies, peines, espérances. Est-ce que je partage tout avec elle, comme quelqu’un de la famille ? Suis-je conscient que la mission est la responsabilité de cette Église, sous la responsabilité d’un évêque local, envoyé du Seigneur ? est-ce que nous nous sentons responsables avec lui, avec la communauté ? si nous venons à elle, c’est vraiment être avec elle et pour elle, dans une insertion locale, la plus permanente possible.

En amour humble exemple de Jules Monchanin

-  Celui de l’étranger qui n’est pas le chef et qui ne sait pas, qui a tout à apprendre
-  Celui du serviteur pour qui la valeur du travail, c’est le profit, le bien de la communauté.
-  Celui de la patience. La compétence technique est nécessaire, mais insuffisante. La vraie compétence est dans la vie spirituelle qui rayonne.

En esprit de Notre Dame des Apôtres

Témoignage de vie communautaire, entre cultures différentes. Dans le contexte actuel de l’Afrique, cette dimension est très importante.

L’insertion dans l’Église locale doit être vécue le plus possible au contact des gens, dans un partage de vie au quotidien, dans une grande simplicité. Le style de vie doit être proche du milieu, en cohérence avec nos paroles. Le premier signe de l’amour, c’est la proximité.

Votre présence auprès de ceux qui ne connaissent pas l’Évangile est un signe prophétique.

Dans un esprit de dialogue

Au niveau de la culture, le respect des personnes, des coutumes, de la mentalité, l’apprentissage de la langue locale, la connaissance de l’histoire du pays, l’histoire de son Église constituent la base d’un dialogue vrai et profond, et manifestent notre amour de ce peuple qui nous fait l’honneur de nous accueillir.

Dans le quotidien de la vie, développer une amitié de proximité, avec un intérêt réel pour le vécu des voisins, des gens du quartier. Cultiver une amitié qui dure. Ne pas travailler avec la montre et le calendrier. Prendre le temps de rechercher le sens des choses, de ce qui peut nous étonner afin de découvrir les aspects positifs. Nous pouvons, dans un second temps, regarder si ce que nous découvrons va dans le sens de l’Évangile, mais ne jugeons pas trop vite. Rechercher toujours le positif dans ce qui peut apparaître négatif au premier regard.

Dans les actions humanitaires, faire le plus possible avec les gens du pays, à leur rythme. Travailler avec, et non pour. Réfléchir avec eux sur le sens du service, y compris avec une référence à l’Évangile. Des actions communes favorisent les rencontres fraternelles qui peuvent déboucher sur des dialogues en profondeur.

Exigences spirituelles d’un vrai dialogue

Un acte de foi évangélique.
Avoir foi en l’autre, lui faire confiance : toute personne a des possibilités, des dons. Le Seigneur l’appelle.
Vivre une espérance éducative, découvrir la notion de cheminement, de lente maturation. Avoir un amour désintéressé : ne pas attendre le résultat, le « merci ».
Développer une mentalité contemplative du plan salvifique de Dieu.
Prendre le temps de partager, en communauté, les fruits de cette contemplation.
Accepter la richesse de nos différences.

Conclusion

N’oublions pas la double exigence d’insertion locale vraie et d’amour humble. Ce sont les deux piliers de la mission, auxquels il faut ajouter le témoignage évangélique d’une vie communautaire, surtout vécue en internationalité. Nous ne sommes pas les maîtres de notre mission. Laissons-nous interpeller par ces paroles de Bruno Chenu : « Je n’ai jamais eu qu’une vocation et qu’un désir : servir l’Église. Merci à ma famille humaine et spirituelle à qui je dois tout. »

[1] Fr José Cristo Rey García Paredes, CMF, est missionnaire claretain ; théologien renommé, mariologue et expert de la vie consacrée. Il dirige actuellement l’Institut théologique de la vie religieuse à Madrid, en Espagne. Il a écrit de nombreux ouvrages sur la vie religieuse comme parabole du Royaume, sur Marie et le Règne de Dieu, et sur la théologie de la vie religieuse dans la psot-modernité

[2] Docteur en théologie (Paris), Michel Dujarier a été professeur de patrologie au grand séminaire de Ouidah (Bénin) et à l’UCAO (Abidjan). Il a été responsable des Fidei Donum et Rédacteur en chef de la revue Mission de l’Église (OPM-Coopération Missionnaire) ; il a assumé d’importantes fonctions pastorales et de formation en Afrique de l’Ouest. Il publie L’Eglise-Fraternité aux Éditions du Cerf (tome 1 : 1991).

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