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 Dernière mise à jour
 le 1er décembre 2015

Le trafic des enfants au Nigeria


Depuis quelques années, un nouvel esclavage est né dans les pays pauvres et particulièrement pour ce que nous vivons entre le NIGERIA et les pays frontières, en particulier le TOGO. À Kolowaré et dans les villages alentours, nous le constatons.

Au village, il n’y a pas de travail, pas d’espoir de développement, d’avenir. On survit. Toute la vie tourne autour des récoltes plus ou moins bonnes selon la saison des pluies, le passage des criquets qui dévastent les champs. Alors, c’est l’exode. C’est le rêve de tous, des jeunes surtout, pouvoir tenter de vivre quelque chose d’autre que la pauvreté du village, sortir de leur condition misérable.

Dès le mois de février, tous les jours, des enfants abandonnent l’école car les parents ne peuvent pas continuer de verser la petite cotisation demandée. Et les enfants disparaissent…. Si on pose des questions aux proches, on entend : « Il est parti à l’aventure. » On sait ce que cela veut dire…il est au Nigeria.

Ces enfants et ces jeunes disparus, par des « intermédiaires », avec l’accord des parents ou non, sont emmenés au Nigeria, dans des campements où ils sont logés ensemble. Pendant 9 mois, ils doivent accomplir de durs travaux champêtres, souvent drogués pour mieux travailler, nourris une fois par jour. Ils ne connaissent rien des alentours, ni ville ni même le village où il sont, mais seulement le champ et la natte et la promiscuité le soir, épuisés de fatigue. Ils sont clandestins, ils doivent rester cachés.

À la fin de la récolte, le patron leur donne un vélo ou une radio, ou encore des tôles pour couvrir une maison. Celui qui a une plus grande chance peut recevoir une moto. En groupe, ils retournent au village d’origine souvent à l’occasion de la fête de la Tabaski, grande fête musulmane. De gros camions de transport du Nigeria stationnent au village. Ils débarquent un contingent de retour, restent quelques jours pour faire le plein et repartir.

Devant notre maison nous pouvons les voir arriver. Les villageois manifestent leur joie de ce retour et les enfants sont salués comme des héros. Torse nu, avec leur radio ouverte à plein volume sur l’épaule ou paradant sur leur vélo. Ils font plusieurs fois le tour du village, tout le monde les regarde, les plus jeunes les envient et rêvent d’en faire autant.

Mais combien meurent dans les plantations et alors ce sont les cris de funérailles ? Combien tombent sur la route lorsqu’ils tentent le retour à vélo ? Combien arrivent avec le SIDA. Parmi les filles qui reviennent, beaucoup sont enceintes et sidéennes.

Notre catéchiste nous raconte ses voyages au Nigeria car il rêvait d’un vélo. Abandonnant la classe de 4e, il a tenté deux fois l’aventure. La chance ne lui a pas souri. La première fois son patron l’a trompé et il n’a rien eu. Ses amis l’ont aidé à rentrer au village. La seconde fois, après des mois de travail, il a eu finalement un vélo mais, hélas, à la douane de la frontière, les douaniers lui ont pris son vélo. Il est revenu plus pauvre qu’il n’était parti.

Un comité de lutte contre ce trafic est constitué à Kolowaré depuis peu. Souvent les gendarmes arrêtent quelqu’un mais ce trafic est une vraie « mafia » le plus souvent avec le silence et la complicité des parents qui espèrent bénéficier du travail de leurs enfants. Mais par quels moyens lutter ? Tant que le développement n’agira pas sur la pauvreté de plus en plus insupportable des enfants du Togo disparaîtront.

Soeur Etta

En date du : 18 mai 2006


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